Mesurer un champ magnétique consiste à relever l'amplitude du champ en un point, en teslas (T) ou en gauss (G), soit 10 000 gauss par tesla. L'appareil de mesure courant est le gaussmètre à effet Hall : sa sonde ne lit que la composante perpendiculaire à sa face. L'orientation du champ compte autant que l'intensité.
Ce qu'il faut retenir
- La sonde d'un teslamètre ne lit que la composante normale à sa face, jamais l'amplitude du champ. Inclinée de quarante-cinq degrés, elle affiche 71 % du réel : l'erreur vient du geste, pas de la source.
- La rémanence annoncée sur une fiche produit, 1,43 à 1,48 tesla pour un néodyme N52, n'est pas le champ relevé au contact : les lignes de champ se referment hors du matériau, et un disque courant rend plutôt 0,4 à 0,6 tesla.
- Une mesure de champ faible, recherche d'anomalie ou relevé géomagnétique, se fait à l'aide d'une sonde fluxgate et non d'un capteur à effet Hall. Sur un champ électromagnétique variable, l'appareil doit être prévu pour la fréquence en jeu.
Tesla, gauss, ampère par mètre : quelle unité lit-on ?
Le tesla est l'unité de densité de flux magnétique du Système international, adoptée en 1960 par la onzième Conférence générale des poids et mesures et nommée d'après Nikola Tesla. Un tesla vaut un weber par mètre carré. Le gauss appartient au système CGS et reste très employé par les fabricants d'aimants : 1 T = 10 000 G, donc 1 mT = 10 G et 1 microtesla = 10 milligauss.
Une troisième grandeur circule dans les documentations techniques, l'excitation magnétique notée H, exprimée en ampères par mètre. Elle décrit la source du champ plutôt que son effet dans la matière, les deux étant reliées par B = µ0 (H + M) où M est l'aimantation du milieu. Dans l'air, la distinction reste sans conséquence pratique, mais elle explique pourquoi deux fiches techniques peuvent annoncer des nombres sans rapport apparent pour une même pièce.
| Source | Ordre de grandeur | Équivalent en gauss |
|---|---|---|
| Champ magnétique terrestre | 25 à 65 µT | 0,25 à 0,65 G |
| Aimant souple de réfrigérateur | quelques mT | quelques dizaines de G |
| Disque néodyme, au contact | 0,4 à 0,6 T | 4 000 à 6 000 G |
| Imagerie par résonance magnétique clinique | 1,5 T ou 3 T | 15 000 ou 30 000 G |
Quel appareil de mesure pour quel usage ?
Trois familles d'appareils couvrent des gammes qui ne se recouvrent presque pas. Choisir le mauvais conduit soit à saturer l'électronique, soit à lire du bruit. Le critère n'est pas le prix mais l'amplitude du champ attendu, qu'il faut estimer avant d'acheter quoi que ce soit.
Le gaussmètre à effet Hall
C'est l'appareil de mesure de référence pour tout ce qui touche au magnétisme permanent. Sa sonde couvre typiquement de 0,1 mT à 2 ou 3 T, une gamme qui englobe la totalité des références du commerce, nuances N52 comprises. Les modèles portables se situent entre 50 et 300 euros pour une incertitude de 1 à 2 %, les instruments de laboratoire calibrés dépassent 2 000 euros et descendent sous 0,1 % d'erreur.
La sonde fluxgate pour les champs faibles
Sous le millitesla, ce principe ne distingue plus rien du bruit. La sonde fluxgate, ou saturable, prend le relais avec une résolution qui atteint le nanotesla : c'est l'outil des levés géomagnétiques, de la recherche de canalisations enterrées et de la détection d'anomalies. Sa contrepartie est une gamme étroite, souvent limitée à quelques centaines de microteslas, au-delà de laquelle elle sature brutalement. En laboratoire, un magnétomètre SQUID descend jusqu'au femtotesla, au prix d'une cryogénie qui le réserve à la recherche fondamentale et à la magnétoencéphalographie.
Le magnétomètre d'un smartphone
Tout téléphone équipé d'une boussole embarque un magnétomètre à trois axes. Sa gamme plafonne selon les modèles entre 1 000 et 5 000 µT environ, avec une résolution de quelques dixièmes de microtesla. Il relève donc parfaitement le champ géomagnétique et sert à des expériences de mesure honnêtes, mais il sature dès qu'on l'approche d'une source puissante. Les applications de physique qui exploitent ce capteur affichent les trois composantes et leur norme, ce qui permet au moins de comprendre la géométrie du champ avant de passer à un matériel sérieux. C'est l'usage retenu par les expériences de classe, où l'ordre de grandeur compte plus que la troisième décimale.
Comment utiliser un teslamètre sans fausser la lecture
La sonde mesure la composante du champ normale à sa face active, pas l'amplitude du vecteur. Cette seule propriété explique la majorité des relevés incohérents, et la corriger ne coûte rien.
- Repérer la face active de la sonde, souvent signalée par un point ou une flèche, et vérifier le zéro en chambre nulle ou loin de toute masse ferreuse.
- Placer la sonde en contact avec la surface, perpendiculaire à celle-ci, et la faire pivoter légèrement jusqu'à lire le maximum : c'est ce nombre qu'il faut retenir.
- Refaire trois relevés au même point. Un écart supérieur à quelques pourcents signale un mauvais appui plutôt qu'une source capricieuse.
- Noter la température. Un aimant néodyme perd de l'ordre de 0,12 % de son induction par degré, ce qui rend deux mesures faites à des saisons différentes incomparables.
Le point de vue de l'opérateur compte donc autant que le matériel. Une sonde inclinée de trente degrés affiche 87 % du champ réel, à quarante-cinq degrés environ 71 %, et personne ne voit l'erreur sur l'écran. Pour caractériser une pièce plutôt qu'un point de l'espace, la force d'attraction relevée au dynamomètre est un contrôle complémentaire utile, parce qu'elle intègre le volume aimanté au lieu de photographier une surface.
L'effet Hall, en une phrase et sans formule
Edwin Hall a observé en 1879 qu'un ruban conducteur parcouru par un courant continu, plongé dans un champ magnétique perpendiculaire, développe une tension transverse. Les porteurs de charge y sont déviés par la force de Lorentz jusqu'à ce que le champ électrique qu'ils créent équilibre cette déviation. La tension obtenue est proportionnelle à l'induction : il suffit de l'étalonner une fois pour disposer d'un capteur linéaire, robuste, et surtout capable d'une mesure sans contact mécanique avec la source.
Ce même principe équipe les capteurs de position des moteurs sans balais, les détecteurs d'ouverture et les pinces ampèremétriques. Il explique aussi pourquoi la sonde doit être fine : elle moyenne le champ sur son épaisseur, et un capteur épais lisse les variations près d'une petite pièce.
Calculer plutôt que mesurer : Biot et Savart, Laplace, Lorentz
Quand la source est un courant et non un aimant, la loi de Biot et Savart, énoncée en 1820, donne le champ créé par chaque élément de circuit ; on somme ensuite sur le circuit entier. Deux cas d'école suffisent à couvrir l'essentiel des besoins.
- Fil rectiligne parcouru par un courant d'intensité I, à la distance r : B = µ0 I / (2 π r).
- Solénoïde long comportant n spires par mètre : B = µ0 n I en son centre, indépendamment du diamètre.
La constante µ0 vaut environ 4 π × 10-7 T·m/A ; depuis la révision du Système international entrée en vigueur en 2019, ce n'est plus une valeur fixée par convention mais une grandeur mesurée, dont l'écart à l'ancienne définition reste inférieur à la précision de tout appareil de terrain. La force de Laplace décrit ensuite l'action de ce champ sur un conducteur, et la force de Lorentz son action sur une charge isolée. Un calcul et un relevé qui divergent d'un facteur deux signalent presque toujours une géométrie mal décrite, pas un appareil de mesure en défaut : les principes du magnétisme sont plus faciles à vérifier que le câblage d'un banc.
Le champ magnétique de la Terre, un étalon gratuit
Ce champ est produit par les mouvements de convection du fer liquide dans le noyau externe. Son intensité totale varie de 25 microteslas près de l'équateur magnétique à 65 microteslas aux hautes latitudes, et vaut de l'ordre de 47 microteslas en France métropolitaine. L'orientation du champ y plonge fortement vers le bas, avec une inclinaison proche de 64 degrés, ce qui explique qu'une boussole posée à plat n'en lise qu'une fraction.
Ce repère, stable à l'échelle d'une journée, fournit un contrôle de cohérence gratuit : un magnétomètre qui affiche 12 ou 300 microteslas loin de toute masse métallique est mal étalonné ou perturbé. Le vent solaire déforme la magnétosphère et provoque des variations de quelques dizaines de nanoteslas lors des orages géomagnétiques, invisibles pour un instrument de terrain mais parfaitement lisibles sur un fluxgate d'observatoire.
Étalonner l'appareil : bobine de référence, jauge et environnement
Un teslamètre qui affiche un nombre sans être rattaché à un étalon ne fournit qu'une indication. La calibration repose sur une configuration dont le flux se calcule : deux bobines identiques séparées d'une distance égale à leur rayon, montées en série, produisent en leur centre un champ uniforme sur quelques centimètres cubes. Cette méthode, dite de Helmholtz, sert de référence aussi bien dans les laboratoires scientifiques que dans les ateliers de contrôle industriel, parce qu'elle ne dépend que de la géométrie de l'ensemble et de l'intensité injectée.
Trois précautions séparent ensuite un résultat exploitable d'un chiffre décoratif.
- Reproduire l'entrefer. Une jauge d'épaisseur, ou une cale calibrée, garantit que deux relevés successifs sont pris à la même distance de la surface : un dixième de millimètre suffit à décaler le résultat près d'une petite pièce.
- Nettoyer l'environnement. Les métaux ferromagnétiques, les alimentations à découpage et les moteurs voisins déforment le flux ; aucun logiciel de dépouillement ne rattrape un relevé pris à côté d'un transformateur.
- Surveiller la dérive thermique. La résistance interne du capteur varie avec la température, et les matériaux de la sonde travaillent : une évaluation sérieuse note la température ambiante en même temps que le chiffre lu.
Pour un usage de sécurité ou de détection, la démarche change d'échelle : on cherche moins un nombre exact qu'un seuil franchi, et l'on cartographie l'espace au lieu d'un point unique. Le même capteur sert alors à vérifier qu'un poste de travail respecte les limites réglementaires, ou qu'une machine de tri sépare bien les métaux ferreux du reste du flux, comme le fait un séparateur magnétique de bande.
Diagnostic CEM et exposition sur les lieux de travail
La mesure de champ ne sert pas qu'à qualifier une source permanente. Un diagnostic CEM, pour compatibilité électromagnétique, recherche les perturbations qu'un équipement subit ou provoque, à commencer par les ondes émises par les convertisseurs et les moteurs. Le relevé se fait alors en balayage, en cartographiant l'espace autour de la machine plutôt qu'en un point unique, et il porte souvent sur des champs variables où l'onde et sa fréquence importent autant que l'amplitude.
Côté exposition des personnes, la directive européenne 2013/35/UE, transposée aux articles R. 4453-1 et suivants du code du travail, fixe des valeurs déclenchant l'action pour les champs magnétiques statiques : 0,5 mT au titre du risque d'interférence avec les dispositifs médicaux implantés actifs, et 3 mT au titre du risque de projection d'objets ferromagnétiques. L'INRS publie des documents d'aide à l'évaluation de ces risques. Le premier seuil est atteint à plusieurs dizaines de centimètres d'un gros aimant néodyme, ce qui rend la mesure utile bien avant le contact et justifie les précautions de manipulation habituelles. Le texte officiel reste la référence à consulter avant tout affichage de zone, et il est disponible sur Légifrance.
Six questions revenant souvent en atelier
Peut-on mesurer un champ magnétique sans appareil ?
Non, pas en nombre. La distance à laquelle un trombone décolle permet de classer deux pièces l'une par rapport à l'autre, mais elle dépend de la masse du trombone, de sa forme et de la surface d'appui : elle ne donne aucun nombre transposable d'un essai à l'autre.
Pourquoi mon gaussmètre affiche moins que la fiche technique ?
Parce que la fiche annonce le plus souvent la rémanence du matériau, une propriété intrinsèque, alors que l'appareil relève le champ à la surface d'une pièce de géométrie donnée. Un disque plat referme ses lignes de champ sur une courte distance et perd la moitié de la rémanence du matériau.
Un teslamètre mesure-t-il aussi un électroaimant ?
Oui, tant que le champ reste continu ou lentement variable. Sur un courant alternatif, il faut un appareil prévu pour, qui rend une valeur efficace : une sonde de ce type lue en continu afficherait une moyenne proche de zéro.
Quelle est l'intensité du champ magnétique terrestre ?
Entre 25 et 65 microteslas selon la latitude, et de l'ordre de 47 microteslas en France métropolitaine. C'est environ dix mille fois moins qu'au contact d'un aimant néodyme.
Faut-il étalonner son teslamètre ?
Un instrument de contrôle qualité, oui, à intervalle défini par le fabricant. Pour un usage d'atelier, la vérification du zéro avant chaque série et un contrôle occasionnel sur le champ géomagnétique suffisent à détecter une dérive.
La sonde peut-elle être abîmée par un aimant trop fort ?
Le capteur lui-même ne se démagnétise pas, mais la sonde est fragile mécaniquement et l'attraction peut la claquer contre la pièce. Approcher lentement, en tenant le corps de la sonde et non son câble, évite l'essentiel des casses.













